Billet d’Humeur !

Denis Franceskin

A ce stade du quinquennat d’Emmanuel Macron, les Français ne sont guère plus informés que du temps de la campagne présidentielle sur les projets précis que le nouveau président de la République et son gouvernement entendent mettre en oeuvre. Le flou est volontairement entretenu en vue de ne pas braquer les électeurs avant les élections législatives. Or c’est bien ce flou qui devrait inquiéter…

Tour d’horizon des principaux dossiers à venir :
– Loi sur la « moralisation de la vie publique » :
Cette loi, qui doit être présentée en Conseil des ministres avant les élections législatives, a pour objectifs officiels d’améliorer « la transparence de la vie publique » et de mieux « lutter contre les conflits d’intérêt ». Si ces deux objectifs sont louables, on peut néanmoins remarquer que ce texte sera porté par François Bayrou, mis en cause par Corinne Lepage dans une affaire d’emploi fictif au parlement européen, et par le Premier ministre, Edouard Philippe, qui a reçu un blâme de la HATVP pour avoir refusé d’évaluer et de préciser le niveau de son patrimoine et de ses revenus ; par ailleurs, relevons enfin que ce dernier a pantoufflé plusieurs années chez Areva, soit deux situations contre lesquelles le futur projet de loi est censé lutter…
Pour le reste, faute de texte officiel, il faut s’appuyer sur les recommandations formulées par René Dosière (remises dernièrement à François Bayrou) pour avoir une idée un peu plus précise des mesures envisagées et remarquer que certaines sont inquiétantes, notamment celles touchant au financement de la vie politique. Ainsi, par exemple, l’interdiction qui pourrait être faite aux partis politiques de prêter à leurs candidats aux élections. Or, si cette interdiction ne s’accompagne pas d’une obligation absolue faite aux banques de prêter aux candidats, cela reviendra à donner au secteur bancaire le pouvoir de décider qui peut se financer, et donc faire campagne, et qui ne le peut pas…

– Nouvelle loi Travail par ordonnances :
Si là encore rien de précis n’a été apporté par le nouveau gouvernement, l’esprit de la réforme est connu et vise à amplifier le mouvement déjà enclenché par la loi El Khomri, en particulier sur l’inversion de la hiérarchie des normes. Les accords d’entreprise primeront alors sur les accords de branche dans la plupart des domaines relevant du code du travail, à commencer par les salaires et le temps de travail (déjà en partie le cas avec la Loi El Khomri). Il s’agira aussi de plafonner les indemnités prud’homales et d’étendre le champ des référendums d’entreprise à l’initiative de l’employeur. Les conséquences de cette loi seront d’accroître encore davantage la précarisation des salariés (parmi lesquels les femmes seront les premières exposées) et leur fragilisation face aux abus potentiels des employeurs. En aucun cas cette loi ne sera de nature à relancer l’activité ou  l’emploi.

– Réforme de l’indemnisation du chômage :
Le cœur de cette réforme avancée par le candidat Macron vise à suspendre le versement des indemnités chômages à partir de deux refus « d’offres raisonnables d’emploi », suivant la logique méprisante selon laquelle les chômeurs le seraient par choix… Là encore, dissiper le flou consistera à définir ce qu’est une « offre d’emploi raisonnable », dans un contexte de
chômage de masse et d’emplois précaires généralisés. Autre volet de la réforme dont on ignore en revanche s’il sera maintenu, l’ouverture des droits au chômage pour les indépendants et les salariés démissionnaires.

– Hausse de la CSG :
Le projet fiscal d’Emmanuel Macron entend augmenter la CSG de 1,7 point et devrait toucher tous les retraités gagnant plus de 1200 euros par mois. Dans le même temps, l’impôt des plus riches parmi les plus riches, lui, baissera, via une réforme de l’ISF
excluant de son assiette le capital financier (c’est à dire essentiellement les actions). C’est donc l’injustice fiscale en marche et l’accroissement de la pression fiscale sur les retraités de la classe moyenne.

– Budget commun de la zone euro :
Emmanuel Macron fait partie des partisans d’une fédéralisation de la zone euro (condition de sa survie à moyen et long terme). Si pour l’heure l’Allemagne n’y est pas favorable (du fait notamment des transferts financiers colossaux qu’elle devrait alors consentir vers ses voisins), le nouveau président français entend néanmoins faire avancer l’idée d’un budget commun de la zone euro. Or, ce budget, pour être pertinent, devra être alimenté par un impôt européen et géré par un Ministre européen
des finances n’obéissant pas aux Etats. Pour des raisons aussi bien politiques, démocratiques qu’économiques, un tel projet serait à l’évidence désastreux pour la France : comme avec l’actuel budget de l’UE, les Français seraient encore une fois des contributeurs nets, recevant moins que leurs contributions potentielles. En outre, cela donnerait à l’UE un nouvel instrument politique et financier de pression et de chantage sur les peuples.